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Arts Visuels - Le Camouflage
Par Dominique BROUTIN CPAV Cambrai Centre LE CAMOUFLAGE Août 1914 …les poilus partent au front, la fleur au fusil, arborant des tenues militaires aux couleurs vives, tenues n’ayant que peu évolué depuis la guerre franco-allemande de 1870. La casquette et le pantalon rouge sont visibles à plusieurs kilomètres et les premiers poilus constituent, pour l’adversaire, une cible évidente…La nécessité de dissimuler, de fondre non seulement les hommes mais aussi le matériel de guerre avec l’environnement, s’impose, dès 1915, à l’état major français… Le camouflage allait constituer un formidable élan artistique synonyme d’ingéniosité chez les principaux belligérants. Cette « arme », qui ne tue pas et qui va au-delà du mimétisme animal, nous montre à quel point cette guerre fut d’une incroyable modernité. Se rappelant, sans doute, d’un certain cheval de Troie l’armée française allait nous étonner par la variété de ses applications. Cubisme et camouflage Le peintre Guirand de Scélova eut le premier l’idée de camoufler les canons grâce aux procédés des artistes dits « cubistes ». Il réussit à convaincre l’état major de la justesse de ses observations et de nombreux artistes furent retirés du front pour participer au travaux et recherches sur le camouflage. La plupart d’entre eux, qui n’étaient pas ou ne connaissaient pas ce mouvement cubiste, utilisèrent ces techniques non pas comme un art mais comme un procédé. La fusion de la forme et du fond, la dissolution du contenu et du contenant, la confusion entre arrière-plan et premier plan allait souligner le parallèle entre camouflage et cubisme. Le camouflage consiste à aboutir à une homochromie du paysage, cherchant à dissimuler l’objet tandis que le cubisme, quant à lui, cherche à le révéler. Le seul moyen de parvenir à une confusion de l’objet dans le paysage était d’utiliser la distorsion des formes et des couleurs. Curieusement le Cubisme pratiqué sur le front est vite abandonné par les artistes à l’arrière. Il devient même un argument de la propagande anti-allemande : ce modernisme, qui viendrait d’Allemagne, est nié comme on veut nier la réalité et l’atrocité de cette guerre. La pression de cette propagande sur les artistes est évidente : le cubisme, avec Picasso, fait scandale… LES CAMOUFLEURS : des soldats sans armes Une « section de camouflage », sous la direction de Guiand de Scévola va voir le jour et nombre d’artistes sur le front posent leur candidature pour s’y voir incorporer. La rumeur des tranchées leur en donne une vision poétique : « il s’agit de peindre des fleurs et des paysages sur des canons ou des voitures… ». Cette vision fut parfois réelle puisque des chevaux blancs, afin de passer inaperçus la nuit, furent peints au bleu de méthylène et que même des pigeons voyageurs, tels des corbeaux, furent badigeonnés de noir pour mieux passer les lignes ennemies ! Les techniques de camouflage vont suivre l’évolution de la guerre et s’adapter aux conditions même du terrain : à la guerre de tranchées va succéder une guerre de mouvement. L’évolution du camouflage Ø 1915 : la phase défensive : on masque les artilleurs et les canons par de grandes toiles peintes… Ø 1916 : la phase d’observation : c’est l’époque des arbres - observatoires, des monuments truqués, des modifications de perspectives par pose de filets de raphia… Ø 1917 : la production à grande échelle : c’est l’industrialisation des ateliers de camouflage : le matériel doit être livrable sous 48 heures. Ø 1918 : le changement dans le camouflage suite à l’intervention de l’aviation : les camoufleurs travaillent alors sur le piège des ombres portées… La section de camouflage Dès 1915, un détachement de 125 hommes « ouvriers peintres décorateurs » constituent la première section de camouflage. Le général Joffre demande une organisation à cette section. Le personnel sera réparti en quatre groupements : Ø Un atelier de préparation à Paris Ø Des ateliers secondaires (Amiens, Châlons, Nancy) Ø Un atelier central de fabrication à Paris Ø Des ateliers régionaux avec, au besoin, des annexes locales. Chaque atelier comprend : Ø Des équipes de fabrication Ø Des équipes de mouleurs Rapidement la section de camouflage va voir ses effectifs augmenter de façon considérable… Des menuisiers, charpentiers, tôliers, monteurs, mécaniciens, plâtriers sont rappelés du front. En 1918, l’effectif atteint 3000 officiers et hommes de troupe. La production fut telle qu’on fit appel à la main d’œuvre civile (dont plus de 10 000 femmes) et aux travailleurs Annamites. LES TECHNIQUES DU CAMOUFLAGE Les objectifs du camouflage : Ø Voir sans être vu : observer les mouvements de l’ennemi, repérer ses positions, son matériel Ø Rendre invisible Ø Eviter des pertes humaines en maintenant l’ennemi dans l’ignorance des emplacements des troupes et matériels. Ø Contrarier les intentions ennemies Ø Conserver secrètes les intentions ; les projets du commandement La théorie du camouflage : La vision des formes : pour une bonne dissimulation, l’ombre joue un rôle déterminant. Ø L’ombre propre Ø L’ombre portée La vision des couleurs : la couleur propre d’un objet varie selon la lumière et la réflexion que l’objet renvoie dans toutes les directions. Déterminer la couleur pour un camouflage ne consiste pas à copier la couleur du terrain. Un toit de chaume n’a pas le même pouvoir de réflexion qu’un toit en tuiles ou ardoises. Toute objet poli, comme un casque, brille à la lumière ou au clair de lune ou sous la lumière des projectiles… La reproduction des formes et des couleurs par la photographie Bien des différences de couleurs, invisibles à l’œil, apparaissent sur la plaque photographique aérienne. Sur une tirage en noir et blanc (tirage de l’époque) un champ de luzerne vert foncé peut produire l’effet inverse de la réalité, les feuilles de luzerne réfléchissant la lumière. Tout l’art du camoufleur consiste donc à : - Supprimer toutes ombres anormales en portant attention aux ombres portées. - A éviter toute régularité dans les ouvrages. - A harmoniser la couleur avec celle des objets environnants en cherchant à la foncer d’un ton plutôt que de l’éclaircir. LES TECHNIQUES DE DISSIMULATION Les matériaux naturels de camouflage On utilise les herbes, les roseaux, les genêts et les plantes trouvées sur place (fougères). Elles sont fixées sur du grillage en prenant soin de les ternir pour éviter le renvoi de la lumière en les passant au feu. Des plantations de graines sont très réalisées pour cacher, par exemple, des déblais sous un tapis vert… Les matériaux artificiels de camouflage Le raphia, produit à Madagascar à partir du palmier, est largement utilisé ainsi que le coco. Ils sont travaillés sous la forme de filets et prennent facilement la peinture. ![]() Deux procédés sont utilisés : - Le décor sur châssis : leur confection ainsi que leur exécution sont délicates. Comme ils sont plats, ils renvoient la lumière. Ils ne sont utilisés que si le décor ne contient pas de perspectives fuyantes. - Le décor en relief : faux murs peints en fer battu, arbres que l’on place sur le lieu soit en illusion ou en remplacement d’un objet auquel on le substitue. LES APPLICATIONS SUR LES CHAMPS DE BATAILLE Le camouflage de l’environnement On camoufle les tranchées, les sapes, les emplacements de mitrailleuses, les défenses, les abris, les trous d’obus aménagés pour l’observation, les voies ferrées, les lignes téléphoniques, les routes, les rails … Le camouflage du matériel de guerre On camoufle les batteries de canons, les trains, les avions, les chars, les navires, et même les chevaux… La technique de diversion On crée de fausses installations, de faux campements, de fausses maisons, de fausses usines d’où l’on fait sortir de la fumée, de faux tanks…On utilise également des silhouettes peintes qui, montées sur un parapet, simulent une vague d’assaut. On fabrique des bustes en carton ou en papier mâché… La technique d’observation ![]() Les guérites métalliques : ce sont les « taupinières coupoles » que l’on enterre et qu’on camoufle avec des déblais ou matériaux environnants. Les faux arbres observatoires : ils sont fabriqués en tôles martelées et camouflées. A l’intérieur un blindage de 15 millimètres protège l’observateur. Ils peuvent avoir une hauteur de 8 mètres ! L’observateur accède à son poste de surveillance par des échelons placés à l’intérieur de l’arbre. Lors de la guerre des tranchées, les artistes furent souvent appelés sur le front pour dessiner, faire un croquis exact d’un arbre réel. Puis, le croquis était envoyé à l’arrière du front où une équipe de camoufleurs en faisaient la réplique exacte. La nuit l’arbre en place était discrètement abattu et remplacé par son sosie métallique. ![]() Le camouflage des avions Ils sont camouflés selon qu’il s’agit d’avions de jour ou d’avions de nuit ou selon qu’ils sont au sol ou en vol. Le fuselage est parfois recouvert de rayures ou de losanges afin d’entraîner une confusion sur la direction du vol. On fabrique également de faux avions pour impressionner l’ennemi. Le camouflage des bateaux ![]() Il consiste en un « déchirage » des contours pour dissimuler la silhouette du navire avec la ligne d’horizon. On utilise également les zébrures et les rayures. Le camouflage des navires a souvent déconcerté l’ennemi. Cinq minutes perdues par un sous-marin dans la recherche de sa « proie » peuvent lui faire manquer son attaque. Bibliographie , extraits de : Ø « Camouflages » en vente à l’Historial de Péronne Date de création : 14/09/2007 @ 13:17 | Actualite
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